jeudi 10 novembre 2011

Kamel Malti : un génie exilé en son propre pays

Je ne peux m'empêcher de revenir sur la perte inestimable de mon maître Cheikh Kamel Malti que j'ai eu comme professeur à l'Université d'Alger puis comme collègue et enfin ami passionné de musique andalouse. Je lui ai rendu hommage à ma façon lors du Colloque organisé à Tlemcen en juin 2011, et je ne manquerai pas de revenir sur sa personnalité attachante et sur son génie si rare de nos jours.

Il m'a transmis sa passion de la poésie et de la musique andalouses
Il m'a appris la rigueur dans l'analyse des textes littéraires
Nous avons partagé de grands rêves sur la "résurrection" de la culture en Algérie
Il a soutenu et encouragé mes publications sur la poésie andalouse
Il est toujours vivant en moi comme en tous ceux qui l'ont connu de près ou de loin.


Photo: Avec Kamel Malti lors d'une viste à son modeste domicile de la Cité Sellier en 2005

Je voudrai aujourd'hui diffuser ce témoignage publié dans le quotidien Liberté le 09 – 04 – 2011

Dans la chronique de Abdelhakim Meziani que je salue fraternellement ici.

"Il est parti presque sur la pointe des pieds, dans une sorte d’indifférence assassine. Celle que savent réserver aux meilleurs enfants de ce pays des commis de l’idéologie dominante outrageusement incultes. Un système plus enclin à s’échiner à satisfaire les revendications les plus fantaisistes qu’à accorder une attention fondatrice à ceux qui apportent un plus à ce pays, sans rien demander en retour… Se suffisant d’une retraite des plus ridicules quand elle n’est pas réductrice. Kamel Mahieddine Malti est certes parti dans l’indifférence des clercs, comme ce fut le cas pour Mohammed Dib, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Mohammed Zinet, Abderrezak Fekhardji, Cheikh Redouane Bensari ou plus récemment encore Mohammed Arkoun. Mais la mémoire des justes saura rattraper ceux-là mêmes qui continuent à jouer indéfiniment de l’avenir d’un peuple dont certaines composantes semblent réduites à ne s’accrocher qu’à la démesure, à tout ce qui est éphémère, à un moment pourtant où la contradiction principale commande une prise en charge salutaire, où le pays a plus que besoin de mettre l’intelligence au pouvoir pour préserver son unité et sa souveraineté nationale insidieusement menacées qu’elles sont par une croisade qui ne dit pas son nom…

Photo. Malti: un homme d'une culture encyclopédique.

Kamel Mahieddine Malti laisse certes un vide incommensurable, mais il a eu le mérite de jeter les bases d’une réflexion salvatrice autour du patrimoine musical classique algérien qui lui tenait particulièrement à cœur, d’abord en tant que Tlemcénien d’origine et ensuite en tant qu’Algérois d’adoption. À une période où, livré à lui-même, le mouvement associatif donnait l’impression de se complaire dans une situation caractérisée le plus souvent par le volontarisme, le mimétisme, et le seul désir de paraître à l’occasion de soirées officielles où quelques fragments des siècles d’or de l’Andalousie sont outrageusement pervertis par d’écœurantes gloutonneries jouées le plus souvent en ut majeur. Agrégé de Lettres et de Latin, il était de toutes les luttes universitaires et culturelles, et parmi les fondateurs de l’Université algérienne dès les lendemains de l’Indépendance nationale. Que d’ingratitude vis-à-vis d’un intellectuel au sens organique du terme qui s’était le premier opposé à ce que ce sanctuaire du savoir et de la science soit profané par des forces extérieures, fussent-elles de l’ordre établi. Electron libre, s’il en est, il vivait exilé en son propre pays, préférant le repli tactique aux feux de la rampe, les joutes scientifiques aux raccourcis démagogiques induits le plus souvent par des projections populistes. Je me souviens d’une contribution qu’il avait dédiée à Saint Augustin, plus précisément à la traduction de ses Confessions, et où, avec la modestie que je lui connaissais, il avait paraphrasé Michel Leiris, préfaçant en 1947 le Baudelaire de Sartre pour souligner : “Si grande poésie il y a, il sera toujours juste d’interroger ceux qui voulaient en être les porte-parole et d’essayer de pénétrer au plus secret d’eux-mêmes afin de parvenir à se faire une idée plus nette de ce dont ils rêvaient en tant qu’hommes. Et de quel autre moyen, quand on cherche cela, que de les aborder sans transe ni balbutiement de religiosité (armé du maximum de rigueur logique) et d’en user, à la fois, eux (si jaloux qu’ils puissent être de leur singularité) comme s’ils étaient des prochains, avec qui l’on se tient de plain-pied ?” Il ne pouvait en être autrement pour celui qui fut, avec son ami Mustapha Bekhoucha, un des rares Algériens à avoir enseigné aux Lycées Henri IV et Louis le Grand à Paris. Inspecteur général de l’enseignement secondaire, il impressionnait beaucoup le personnel relevant de sa compétence tant par l’océan de savoir qu’il était que par sa modestie légendaire. Pour ceux qui ne le savent pas déjà et s’il est permis de paraphraser le musicologue Fayssal Benkalfat, il a joué un rôle fondamental dans la reconstitution du patrimoine musical classique du pays, principalement algérois et tlemcénien, et ce jusqu’à l’ultime khlass zidane dont il nous gratifia, à partir de Dijon où il fut hospitalisé grâce à la sollicitude de Mme la ministre de la Culture. Je me souviens de l’époque où nous étions tous deux à l’association El Fakhardjia où il fut mon seul soutien à un moment où j’avais décidé d’en découdre avec le localisme et le régionalisme donnant une dimension nationale à la réappropriation du patrimoine nous tenant à cœur et d’organiser des concerts de musique classique algérienne dans des quartiers populaires, bien loin des cercles fermés et de l’exclusion castratrice, voire pseudo-citadine…

A. M.mezianide@djaweb.dz

lundi 7 novembre 2011

A Child’s Garden of Verses




Wednesday 2nd of November, 18h-19h30 – Institut du monde anglophone

(poems are dealt with almost in the same order they appear in A Child’s Garden of Verses – “Where go the boats?” is the exception)

I. Introduction 18h00 JPN (with personal notes from

R.Dury and M.Fitzpatrick)

Projection of illustrations? (RD)

II. VI. “Rain” JPN on translation (esp. of short

poems, and their difficulty)

En(MF) – Fr(JPN) – It(RD)

18h15

III. VII. “Pirate Story” En(MF)–Fr(JPN) few words from JPN/RD on

IX. “Windy Nights” En(MF)-Fr(JPN) adventure novels, Treasure Island,

XVI. “The Land of Counterpane” RLS as bedridden adventurer …

En(MF)-Fr(JPN)

18h30

IV. XIV. “Where go the boats?” Discussion of accent. JPN in French,

RD in “RP”, MF in affected “Scottish”

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18h40

V. XXXI. “My Bed is a Boat” JPN on imagery/translation.

En(MF)-Fr(JPN)

VI. 2. VIII. “The Land of Story Books” RD on whatever he likes ….!

Fr(JPN)-En(RD) “Dramatic” reading.

VII. 3. V. “The Dumb Soldier” Intertexts – Rimbaud “Le dormeur du

En(MF)-Fr(JPN) val”, Nutcracker … and ?

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19h00

VIII. Envoys. IV. “To Minnie” Climax: trilingual reading, as

Part 1 - En(MF) Part 2 – Fr(JPN) proposed by RD.

Part 3 – It(RD) [if we have time, MF could read the whole poem in English first …]

IX. Envoy(-en-abîme). “To Any Reader” w/ “To the Hesitating Purchaser”, TI. En(MF)-Fr(JPN)

mardi 12 avril 2011

Fleurs et jardins dans la poésie andalouse

Mercredi 4 Mai, à 18h00, Centre Censier, 13 Rue Santeuil , Paris 5e

Salle des Périodiques


Cette nouvelle rencontre autour de la poésie arabo-andalouse chantée au Maghreb aura pour thème les fleurs et les jardins.




Les poètes andalous et maghrébins ont su nous révéler avec simplicité et délicatesse, une « réalité esthétique » particulière derrière l’apparence d’une rose ou d’un jasmin. Leur poésie se distingue par la place primordiale accordée aux jardins dans lesquels ils ont situé les scènes bachiques et amoureuses qui constituent leurs thèmes favoris.

Ces vers qui évoquent les merveilles de la nature, le printemps et ses fleurs sont l’occasion pour le poète de cour d’ éblouir l’assistance par un tableau printanier enchanteur qui faisait naître le plaisir dans l’âme des auditeurs. Les images dont se sert le poète ne sont jamais gratuites, elles sont souvent destinées à susciter la générosité du mécène et à le pousser aux plus larges gratifications.

Chaque poème est porteur, par ses images, d’un sens métaphorique ; il est à son tour porté par une mélodie que les amateurs de musique andalouse peuvent écouter et même chanter. Le lecteur/auditeur est convié à partager à la fois le plaisir des mots grâce à la fraîcheur des images et l’harmonie de l’atmosphère mais aussi le plaisir du cœur et de l’esprit au contact d'un univers d’amour et de beauté.

Les poètes andalous et leurs successeurs ont ainsi concentré dans le corps de la femme un univers miniature avec ses minéraux, végétaux et animaux. Ils y ont uni aussi les plaisirs du monde terrestre aux délices du Paradis promis aux bienheureux dans l’Au-delà.

Comme les bienheureux cités dans Le Coran, les amants évoqués dans cette poésie, trouvent dans les jardins toutes sortes de bienfaits. Ils s’adonnent à la boisson en compagnie d'agréables compagnons avec lesquels ils partagent des moments de plaisir.



Les fleurs, dans le jardin, exhalent leurs senteurs
À l’approche du jour,
Le jardin est un vrai parfumeur ;
Les oiseaux lancent leurs chants
Par-dessus les branches chargées de fruits
Et les rameaux laissent tomber leurs voiles.

Le rossignol, plein d’éloquence,
Mêle son chant haut et clair
Au son des cordes et aux refrains des chansons !
Douce est la lumière du matin,
Alors que les norias tournent en chantant
Et que, dans les canaux, l’eau coule effrontément!
Regarde les branches danser
Chaque fois que la brise passe,
Tout ici n’est que charme et beauté.
Lève-toi et admire le jardin pendant que les oiseaux chantent à tue–tête.
L’eau, comme un serpent, s’échappe des bassins
Et luit parmi les plantes tel un sabre étincelant.

Lève-toi commensal, debout ! Regarde l’aube qui point !
Vois comme le vin inonde les coupes qui jettent leur éclat !
Réveille celui qui dort, tire-le de son sommeil !
Réveille aussi la belle,
Splendide comme le rayon du jour
Étoile du matin et front de lumière !
Écoute le chant du rossignol
auquel répond l’ortolan
Et remplis la coupe de cristal !


Saadane Benbabaali

jeudi 9 décembre 2010

Browning et Swinburne : deux géants de la poésie victorienne,

le 15 décembre 2010
18H30

Robert Browning et A.C. Swinburne

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Présentation : Marc Porée
Lecture : Kevin Halloran

Browning et Swinburne : deux géants de la poésie victorienne, dans des styles diamétralement opposés. Mais deux monstres de foire, aussi, plutôt que deux vaches sacrées, caricaturés autant qu'idolâtrés - souvenir d'un temps où la poésie faisait et défaisait les réputations. Le second fut traîné dans la boue, en raison de l'odeur de souffre et de scandale qui l'entourait, avant sa retraite studieuse et assagie (en apparence, du moins). Emergeant de l'ombre dans laquelle le tenait le succès d'Elizabeth Barrett, son épouse, le premier troqua l'obscurité de l'artiste incompris pour l'auréole de la gloire, après le succès phénoménal remporté par The Ring and the Book, livre-monde autant que livre-monstre.
Au lendemain de la réédition, au Bruit du Temps, de L'Anneau et le Livre, dans une traduction de Georges Connes et de la célébration du centenaire de la mort du très francophile et francophone A.C. Swinburne, disciple de Baudelaire, admirateur de Victor Hugo et ami de Mallarmé, il nous a paru opportun de revenir sur les raisons d'un retour en grâce contrasté, en donnant à entendre leur très rugueuse ou très ineffable énergie verbale.



Lieu(x) :
Institut du Monde Anglophone
Salle 16, Entrée libre

mardi 23 novembre 2010

« RONDE DE LA POÉSIE DE LANGUE PORTUGAISE – RODA DE POESIA »




Salle des périodiques – Bibliothèque de Censier. Mercredi 17 novembre à 18h :

« RONDE DE LA POÉSIE DE LANGUE PORTUGAISE – RODA DE POESIA »

organisée par le département d’Etudes Lusophones de Paris 3, collègues et étudiants
appuyés par les lectorats et Voix Lusophones, l’association des étudiants de portugais de
Paris 3.


Pessoa ? Oui, bien sûr ! Mais les autres ? Pour que la multitude des hétéronyme pessoens ne cache pas le foisonnement de la poésie contemporaine en langue portugaise, nous croiserons voix et lectures, rendant compte d’une parole échangée, en écho, opposée au gré des aléas de l’histoire. Entre les différentes aires culturelles concernées par la lusophonie, Portugal, Brésil, Afrique, Asie, etc, nous activerons cet échange. Nous serons aidés en cela par la mémoire de notre regretté collègue Michel Laban, africaniste internationalement reconnu, à qui nous rendrons hommage au cœur de la séance par des lectures de poèmes africains qu’il aimait et des passages de ses traductions. Prendront part notamment à cet hommage les étudiants de Licence
3 participant à l’atelier Théâtre et Langue sous la houlette de Daniel Rodrigues, les professeurs Jacqueline Penjon, Catherine Dumas, Agnès Levécot, et d’anciens élèves et amis de Michel.

vendredi 1 octobre 2010

Recueil Enfants d'Italiens



Première manifestation "Vers d'autres voix", autour du recueil Enfants d'Italiens, quelle(s) langue(s) parlez-vous ?

Avec: I. Felici, Ch. Saragoni, D. Valin, J. Ch. Vegliante.

Le Mercredi 20 Octobre 2010 à 18h 30.
Bibliothèque d'Italien et Roumain, 1 rue Censier, 5ème étage.

Enfants d’Italiens…


Avant les blacks, avant les beurs, avant les portos, il y a eu ces Italiens que l'on ne remarquait qu'à peine (mais déjà trop pour une certaine droite bien assise), que l'on n'appelait pas encore - plutôt sympathiquement - "ritals" ; dont la culture (un terme que personne n'utilisait pour ça, à l'époque) aurait fait penser peut-être à celle des romanichels, toujours là où on ne les attendait pas, bref aux Roms d'aujourd'hui dans l’imaginaire collectif... À l'opposé de celle des Français dits "moyens", foncièrement sédentaires.


Ils étaient à la fois transparents, surtout après que l'entrée en guerre de leur pays en 1915 (mieux vaut tard que jamais) les eut lavés de certaines taches - comme celle d'avoir une cuisine "nauséabonde", mais oui, et de refuser de se battre pour rien -, et quand même trop quelque chose, inévitablement : trop bruyants, trop excités, trop rouges, fauteurs de grèves, trop cathos (ou Christos), trop effacés et donc sournois, trop entreprenants avec les femmes françaises, etc. - d'ailleurs polygames clandestins, chuchotaient les "braves gens" plaisantés par Brassens... Et, pour l'avoir fait une fois (le 10 juin 1940), encore et en douce toujours susceptibles de vous planter un coup de poignard dans le dos.

Tout cela remonte loin, on a le droit d'oublier : si loin que personne, à l'époque, ne s'intéressait à ce genre de question. Transparents et indifférents, invisibles, peu à peu "intégrés" au reste (ils disaient "otorizzati" pour naturalisés), et plutôt bien. Rideau. Qu'est-ce qu'ils ont dû souffrir, ces "macaronis" et "italboches" primo-migrants, ces "ours", pour que leurs descendants aujourd'hui soient parfois devenus les plus xénophobes d'Europe ! Un drôle de travail de deuil, ou peut-être son refus obstiné. Notre ambition, dans une structure universitaire qui a été la première à remuer ces cendres-là, serait que cette soirée, faite de témoignages et d'expressions "populaires" (autant que dire se peut, à l'ère du numérique médiatique), chantées en particulier, serve au moins à rendre ce travail un peu plus réfléchi, et pacifié. Selon la formule immortelle de Coluche, "Vous êtes beurre, moi plutôt fromage, mais quand même tendance parmesan"...

mercredi 15 septembre 2010

Mohamed Arkoun nous a quittés



C’est avec beaucoup de tristesse que nous venons d’apprendre le décès de Monsieur Mohammed Arkoun, immense figure de l’islamologie qui a été un des initiateurs de la création de l’IISMM.
Il fut mon professeur d'Islamologie dans les années 1980, j'eus l'occasion de le côtoyer lors de conférences sur l'Islam. Lors de notre dernière entrevue dans les couloirs de notre Département OMA, il avait son sourire plein de jeunesse.
Paix à ton âme, ya oustadna al-mouhtaram.
Saadane Benbabaali




MOHAMED ARKOUN est un intellectuel franco-algérien, philosophe et historien de l'islam. Un des professeurs les plus influents dans l'étude islamique contemporaine, ,il est professeur émérite d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne Paris 3, département Orient et monde arabe (OMA) et enseigne l’« islamologie appliquée », discipline qu'il a développée, dans diverses universités européennes et américaines, en référence à l'anthropologie appliquée de Roger Bastide Parmi ses sujets de prédilection, l’impensé dans l’islam classique et contemporain.

Mohammed Arkoun se situe dans la branche critique du réformisme musulman. Prônant le modernisme et l'humanisme islamique, il a développé une critique de la modernité dans la pensée islamique, et plaide pour un islam repensé dans le monde contemporain. Il y a consacré de très nombreux ouvrages dont La Pensée arabe (Paris, 1975), Lectures du Coran (Paris, 1982), Penser l'islam aujourd'hui (Alger, 1993), ou encore The Unthought in Contemporary Islamic Thought (Londres, 2002).

Mohammed A R K O U N: 1928- 2010

Itinéraire/ Biographie
Né en 1928 à Taourirt-Mimoun, Algérie ;
Études primaires à Taourirt-Mimoun;
Études secondaires à Oran;
Etudes supérieures à la Faculté des Lettres d'Alger; puis à la Sorbonne, Paris;

Agrégé de langue et littérature arabes, Paris 1956;
Docteur ès lettres, Sorbonne 1968.
Professeur à la Sorbonne Paris 3, Département Orient et monde arabe (1961-1991);
Fellow au Wissenschaftkolleg, Berlin 1986-87 et 1990;
Fellow à Institute for Advanced Studies, Princeton 1992-93;
Visiting Professor aux Universités: U.C.L.A., Los Angeles 1969; Princeton 1985, Louvain-La-Neuve 1977-1979; Institut Pontifical d'Etudes Arabes, Rome; Temple University, Philadelphia 1988-90; Amsterdam 1991-1993; New York University Mars-Avril 2001, 2003; Gifford Lectures, Edinburgh University Novembre 2001.
Conseiller scientifique pour les études islamiques à la Librairie du Congrès, Washington DC, depuis 2000.

Cours et Conférences à :
Rabat, Fès, Casablanca, El-Jadida, Safi, Alger, Tamanrasset, Annaba, Tlemcen, Ghardaya, Oran, Tunis, Kairouan, Tabarca, Tripoli, Le Caire, Beyrouth, Damas, Alep, Amman, Bagdad, Médine, Riyad, Sanaa, Mascate (Oman), Manama (Bahreïn), Koweit, Zanzibar, Mombassa, Dakar, Téhéran, New -Delhi, Bombay, Pékin, Dhaka, Jakarta, Jogjakarta; Samarkand, Moscou, Helsinki, Tampere, Turku, Stockholm, Oslo, Arrhus, Copenhague, Londres, Birmingham, Oxford, Cambridge, Edinburgh, Leiden, Nimègue, Rotterdam, Tilburg, Middelburg, Utrecht, Bruxelles, Liège, Gand, Louvain, Anvers, Hambourg, Hanovre, Bielefeld, Oldenburg, Berlin, Göttingen, Tübingen, Heidelberg, Berne, Zurich, Lausanne, Genève, Turin, Rome, Bologne, Naples, Amalfi, Salerno; Barcelone, Madrid, Cordoue, Grenade; New-York, Boston, Washington, Chicago, Miami, Houston, Denver, Bloomington, Berkeley, San Diego, UCLA, Los Angeles, Ann Arbor, Vancouver, Calgary, Montréal, Toronto, Venise, Spolèto, Assise, Pise, Cuneo, Salerno, Fano, etc.


Jusqu’à son décès, il était :

Professeur émérite à la Sorbonne (Paris III);
Visiting Professor et membre du Board of Governors à l'Institute of Ismaelî Studies, à Londres depuis 1993.
Directeur scientifique de la revue ARABICA, (Brill, Leiden) depuis 1980;
Membre du Comité directeur puis du Jury du Prix Aga Khan d'Architecture (1989-1998); Membre du Haut Conseil de la famille et de la population (1995-98) ;
Membre du Comité National d'Ethique pour les sciences de la vie et de la santé (1990-98); Prix Lévi Della Vida for Near Eastern Studies, University of California, Los Angeles 2002 ;
Docteur Honoris Causa de l’Université d’Exeter ; Gifford Lectures Edinburg University 2001 ;
Membre du Jury international du Prix UNESCO de l’éducation pour la paix (2002…); Membre du Jury du Prix Arabo-Français fondé par le Conseil des ambassadeurs arabes en France (2002…) ;
Membre du Conseil scientifique du Centre Inter -national des sciences de l’homme de Byblos (Liban, UNESCO) ;
Membre du Conseil scientifique de l’Institut Suédois d’Alexandrie ;
Membre de la Commission pour la Laïcité en France (2003).



PUBLICATIONS :

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Deux Epîtres de Miskawayh, édition critique, B.E.O, Damas, 1961 ;
Aspects de la pensée islamique classique, IPN, Paris 1963;
L'humanisme arabe au 4e/10e siècle, J.Vrin, 2°éd. 1982;
Traité d'Ethique, Trad., introd., notes du Tahdhîb al-akhlâq de Miskawayh, 1e éd.1969; 2e éd.1988;
Essais sur la pensée islamique, 1e éd. Maisonneuve & Larose, Paris 1973; 2e éd. 1984;
La Pensée arabe, 1e éd. P.U.F., Paris 1975; 6e éd. 2002; Trad. en arabe, anglais, espagnol, suédois, italien ;
L'islam, hier, demain, 2e éd. Buchet-Chastel, Paris 1982; trad. arabe, Beyrouth 1983;
L'islam, religion et société, éd. Cerf, Paris 1982; version italienne, RAI 1980;

Religion et laïcité: Une approche laïque de l'islam, L'Arbrelle, Centre Thomas More, 1989;
Lectures du Coran, 1e éd. Paris 1982; 2e Aleef, Tunis 1991;
Ouvertures sur l'islam, 1e éd. J. Grancher 1989;
L’islam. Approche critique, Le livre du mois, Club du livre 2002
Pour une critique de la Raison islamique, Paris 1984;
L'islam, morale et politique, UNESCO-Desclée 1986;
Combats pour l’Humanisme en contextes islamiques, Paris 2002
The Unthought in Contemporary Islamic Thought, London 2002.
De Manhattan à Bagdad: Au-delà du Bien et du Mal, Paris 2003

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En Arabe
Al-Fikr al-'arabiyy, éd.'Uwaydat, Beyrouth 1979;
Al-Islâm: Asâla wa Mumârasa, Beyrouth 1986;
Ta'rîkhiyyat al-fikr al-'arabiyy al-islâmiyy, éd.Markaz al-inmâ' al-qawmiyy, Beyrouth 1986;
Al-Fikr al-islâmiyy: Qirâ'a 'ilmiyya, éd. Markaz..., 1987;
Al-islâm: al-Akhlâq wal-Siyâsa, éd. Markaz..., 1988;
Al-Islâm: Naqd wa-jtihâd, éd. Dâr al-Sâqî, Beyrouth 1990;
Al-'almana wa-l-dîn, Dâr al-Sâqî 1990;
Mina-l-ijtihâd ilâ naqd al-'aql al-islâmî, Dâr al-Sâqî 1991;
Min Faysal al-Tafriqa ilâ Fasl-al-Maqâl: Ayna huwa-l-Fikr al-islâmiyy al-mu‘âsir, Dâr al-Sâqî 1993;
Al-Islâm, Urubbâ, wal-Gharb: Rihânât al-ma'nâ wa Irâdât al-Haymana, Dâr al-Sâqî 1995;
Naz‘at al-Ansana fî-l-fikr al-‘arabiyy, Dâr al-Sâqî 1997 ;

Qadâyâ fî Naqd al-Fikr al-dînî, Dâr al-Talî‘a, Beyrouth 1998 ;
Al-Fikr al-usûlî wal-stihâlat al-Ta’sîl, Dâr al-Sâqî 1999.
Ma‘ârik min ajli-l-ansana fî-l-siyâqât al-islâmiyya, Dâr al-sâqî, 2001.
Min al-Tafsîr al-mawrûth ilâ tahlîl al-khitâb al-dînî, Dâr al-Talî‘a, Beyrouth 2001.

vendredi 12 février 2010

Disparition de notre collègue Sophie Kessler-Mesguich


Notre collègue Sophie Kessler-Mesguich, est décédée à Paris ce lundi 8 Février 2010 à la suite d'une longue maladie qu'elle avait courageusement affrontée jusqu'à ce qu'une soudaine récidive réussisse à l' emporter.

Agrégée de grammaire et d’hébreu, Sophie Kessler-Mesguich est professeur de langue et linguistique hébraïques au département Orient et Monde arabe à l’université Paris 3 (Sorbonne nouvelle). Dans ce Département, elle était très appréciée de ses étudiants comme de ses collègues pour sa gentillesse et son dynamisme. En 2008, elle nous avait quitté - provisoirement, pensions-nous- pour pour prendre la direction du Centre de recherche français à Jérusalem (CFRJ).
Elle est l'auteur d'une thèse, soutenu en 1994 à l’université Paris, consacrée à l’étude de l’hébreu en France au XVIe siècle: Les études hébraïques en France, de François Tissard à Richard Simon (1510- 1685)
Elle a publié en 2002 un ouvrage intitulé La langue des Sages, matériaux pour une étude linguistique de l’hébreu de la Mishna (Paris/Louvain, Peeters).
En 2000, elle a soutenu une habilitation à diriger des recherches (De Sa‘adya Ga’on à l’Académie de la langue hébraïque, dix siècles de tradition grammaticale de l’hébreu).
Professeur de linguistique hébraïque à Paris 3, elle est aussi membre de l’unité mixte de recherche du CNRS « Histoire des théories linguistiques ».
Elle a de nombreux articles à son actif, parmi lesquels :
« La terminologie linguistique de l’hébreu contemporain », B. Colombat (éd.), in Métalangage et terminologie linguistique, Paris/Louvain, Peeters, Orbis/ Supplementa, 2001.
« L’enseignement de l’hébreu et de l’araméen par les premiers lecteurs royaux », A. Tuilier (dir.), in Histoire du Collège de France, tome 1, La création (1530-1560), Paris, Fayard, 2006 ;
« L’Académie de la langue hébraïque et la morphologie de l’hébreu contemporain (1977-1987) », B. Kaltz (dir.), in Regards croisés sur les mots non simples, ENS Éditions, 2008.
Elle a notamment publié L’hébreu biblique en quinze leçons (Presses universitaires de Rennes, coll. Études anciennes, 2008).
Elle a dirigé, en collaboration avec Jean Baumgarten, deux numéros de la revue Histoire Épistémologie Langage : la linguistique de l’hébreu et des langues juives (HEL 18/1, 1996) et Dix siècles de linguistique sémitique (HEL 23/2, 2001).
Le décès de cette brillante linguiste et spécialiste de l’hébreu, est une perte certaine pour les spécialistes de langue sémitique. Elle laisse un grand vide parmi tous ses collègues de l'UFR Orient et Monde arabe.
Avec nos plus sincères condoléances à son époux, Mr David Kessler ainsi qu’à leurs 3 enfants, Martin, Laure et Anna .

Documents:
1. Le hassidisme dans les littératures yiddish et hébraïque
Un écho qui vient de loin (83 mn)
Sophie Kessler-Mesguich, Professeur à l’Université Paris III
Musée d'art et d'histoire du Judaïsme - Paris, mars 2007

pour écouter la conférence:
http://www.akadem.org/sommaire/themes/liturgie/8/2/module_2642.php

Lien: http://jssnews.com/2010/02/11/disparition-d%E2%80%99une-specialiste-de-l%E2%80%99hebreu-sophie-kessler-mesguich/

samedi 7 novembre 2009

« Désir et élévation » De Ibn ‘Arabi à la « Vita nova » de Dante




Mercredi 25 novembre 2009 de 18h à 19h30 :


Bibliothèque d’études italiennes et roumaines
Centre Bièvre


« Désir et élévation ». De Ibn ‘Arabi à la « Vita nova » de Dante
par le professeur Jean-Charles Vegliante et Abdelwahab Meddeb.
Lectures par Chantal Saragoni


Désir et élévation :

Lecture en arabe et en français de quelques pages de Tarjumân al-Ashwâq, “L'interprète des désirs” (1215) d'Ibn 'Arabî (1165-1240). Extraits du prologue ainsi que les cinq derniers vers du poème 11 et l'intégralité du poème 12 commenté par Ibn 'Arabî lui-même.
Lecture en italien et en français d’extraits du prosimètre Vita nova “La vie nouvelle” (1293) de Dante Alighieri, dans l’édition procurée par G. Gorni en 1996 et traduite par un groupe CIRCE (M. Marietti, C. Tullio Altan, J.Ch. Vegliante). Dialogue et comparaisons.

Ibn ‘Arabî (Murcie, 1165) et Dante Alighieri (Florence, 1265) construisent, à un siècle de distance, deux œuvres immenses par quoi ils s’élèvent et pensent nous élever au seuil de l’expérience divine, et poétiquement à une forme de paradis. Ils ne le tentent pas seuls, selon nos habitudes modernes, mais sous le coup d’une inspiration qui dépasse leurs personnes ; voire avec l’aide d’un dieu, “sur ordre” pour l’un, sous la “dictée d’Amour” pour l’autre. Les intermédiaires (ou truchements, tarjumân) pour cette élévation sont deux jeunes femmes, Nizhâm d'Ispahan et Béatrice la florentine, celle qui dispense l’harmonie et celle qui rend bienheureux… Il s’agit aussi, dans les deux cas, d’un dévoilement au delà des apparences terrestres – toutefois indispensables objets de transition – vers un Absolu de l’amour total.




Jean-Charles Vegliante poète-traducteur (prix SGDL 2008), enseigne les lettres italiennes à l’Université Paris III. Dernier livre paru Nel lutto della luce / Le deuil de lumière, avec G. Raboni (Einaudi, 2004).



Abdelwahab Meddeb écrivain, poète, grand lecteur des Soufis, universitaire (littérature comparée, Université Paris X). Dernier livre paru Pari de civilisation (Le Seuil, 2009).



Chantal Saragoni est engagée dans une lecture approfondie de l’œuvre dantesque (intégrale de la Divine Comédie au Festival d’Avignon 2008). Elle a interprété récemment des textes de Rosa Luxembourg et de Guy de Maupassant, ainsi que de nouveaux extraits de La Comédie.

Annexes et lectures:

1. Vita nova

I
l est, dans cette partie du livre de ma mémoire avant laquelle peu de chose pourrait se lire, un titre rouge qui dit : Incipit Vita Nova. Et sous ce titre rouge, je trouve écrits les mots que j’ai résolu de transcrire dans ce petit livre, sinon tous, du moins leur substance. [2] Neuf fois déjà depuis ma naissance le ciel de la lumière était revenu dans sa giration à un presque même point, quand apparut devant mes yeux pour la première fois la glorieuse dame de ma pensée, que bien des gens appelèrent Béatrice sans savoir la valeur de ce nom. [3] Elle était restée en cette vie aussi longtemps que le Ciel Étoilé met à se mouvoir vers l’orient de la douzième partie d’un degré, si bien qu’au début presque de sa neuvième année elle m’apparut, et je la vis presque à la fin de ma neuvième année. [4]
Elle apparut vêtue de couleur très noble, d’un rouge sang humble et honnête, avec la ceinture et les ornements qui convenaient à son très jeune âge. [5] En cet instant, je dis en vérité que l’esprit vital, qui demeure dans la très secrète chambre du cœur, commença de trembler si violemment que les pulsations s’en faisaient sentir terriblement dans mes plus petites veines et, tremblant, il dit ces mots : « Ecce Deus fortior me, qui veniens dominabitur michi! ». [6] En cet instant, l’esprit animal, qui demeure dans la haute chambre où tous les esprits sensitifs portent leurs perceptions, commença de s’émerveiller fort et, s’adressant spécialement aux esprits de la vue, dit ces mots : « Apparuit iam beatitudo vestra! ». [7] En cet instant, l’esprit naturel, qui demeure là où se répartit notre nourriture, commença à pleurer et, pleurant, dit ces mots : « Heu, miser, quia frequenter impeditus ero deinceps! ». [8] Dès lors, je dis qu’Amour domina mon âme, qui lui fut tout aussitôt épouse, et il commença à prendre sur moi, par la force que lui donnait mon imagination, une telle assurance et une telle domination qu’il me fallait obéir complètement à toutes ses volontés.


1 Voici un dieu plus puissant que moi, qui va venir me dominer.
2 C’est bien votre béatitude qui est apparue!
3 Hélas, malheureux, désormais je serai empêché fréquemment!

Traduction groupe CIRCE (Sorbonne Nouvelle)



Ibn Arabi séjourne à La Mekke deux ans, de 1202 à 1204, après avoir traversé rapidement l’Égypte et la Palestine, où il avait visité les sanctuaires de Jérusalem et d’Hébron. Il fut accueilli dans la capitale spirituelle de l’Islam par un vénérable shaykh iranien, qui se distinguait par la force de son esprit et la profondeur de sa science. Il fit aussi connaissance de la sœur de ce shaykh, également remarquable par sa piété et ses connaissances, et de sa fille, Nizam, qui avait reçu du Ciel le triple don de la beauté, de la connaissance et de la sagesse. C’est à la mémoire de Nizam qu’Ibn ‘Arabi composa son immortel dîwân , Tardjuman al-ashwaq (L’Interprète des ardents désirs ), qui compte parmi les chefs-d’œuvre, non seulement de la littérature du soufisme, mais de la poésie spirituelle de l’humanité.







Pr
ochaine lecture :

Mercredi 20 janvier 2010
de 18h à 19h30

A la Bibliothèque Universitaire de Paris III
(Salle des périodiques)


« Poésie des rues, poésie des bibliothèques : lecture de Ciaran Carson »
par le professeur Carle Bonafous-Murat

jeudi 29 octobre 2009

la culture andalouse et le muwashshah

Le 28 octobre 2009: La plume, la voix et le plectre

La culture andalouse et le muwashshah

Introduction :

Notre sujet concerne une période historique et une contrée qui ont eu une grande importance dans la transmission de la culture et de la pensée orientales à l’Occident : l’Espagne musulmane, (al-Andalus en arabe) entre le début du 8e siècle et la fin du 15e siècle.

Les poètes andalous se sont distingués, entre autres, par la création de la strophe avec la multiplication des rimes et des mètres dans un genre appelé muwashshah . Cette innovation s’est produite sur une terre qui a réuni des ethnies différentes dont les principales sont les Ibères (juifs et chrétiens), les Arabes (musulmans) et les Berbères (nouvellement islamisés).

Loin du pouvoir central abbaside installé à Bagdad, les Andalous se sont doté d’un califat autonome, le califat omeyyade (continuateur de la dynastie déchue de Damas). À La fin du 10e siècle et au début du 11e, la civilisation , le raffinement, le goût du luxe, la courtoisie amoureuse avaient pour patrie Al-Andalus ! Et le grand monarque qui occupait le trône le plus envié à l’époque était Abderrahmane III.

Cet émir qui a unifié le Royaume d’Occident a eu l’audace de se proclamer calife face aux Abbassides dont le déclin allait entraîner le morcellement de l’Empire en Orient. Sous son règne, les différentes ethnies ont connu une symbiose sociale comme il en a existé très peu dans l’histoire humaine.

Malgré les affrontements incessants entre le Sud de la Péninsule (musulman ou allié de l’Islam) et le Nord (se présentant comme le bras armé de la reconquête chrétienne), l’Espagne a écrit des pages magnifiques de coexistence enrichissante.

Après la chute du dernier royaume musulman à Grenade en 1492 puis l’expulsion des morisques en 1610, des actions furent entreprises le long des siècles pour effacer les traces de la présence musulmane dans la Péninsule ibérique. Mais le sol et le sous-sol espagnols et portugais gardent encore les traces de huit siècles de coéxistence arabo-ibéro-musulmane. De même, le Maghreb porte, chez une grande partie de sa population descendant d’anciens émigrants andalous les signes visibles de l’origine ibérique.

Aujourd’hui en Espagne surtout, un peu moins au Portugal, des millions de touristes se bousculent pour visiter les vestiges les plus visibles d’une aventure humaine exceptionnelle :

les magnifiques palais des Nasrides à Grenade et la grande mosquée de Cordoue, la Torre de Oro ou la Giralda à Séville.

À cet héritage architectural fabuleux, il faut ajouter le rôle joué par al-Andalus dans la transmission des savoirs antiques, chinois, indien, persan, mésopotamien et gréco-latin à l’Europe.

Enfin, tout un art de vivre et une vision nouvelle des rapports hommes/femmes ont vu le jour en terre d’al-Andalus. À partir du 12e siècle, Les troubadours chanteront la soumission à leurs dames , dans des poèmes inspirés en partie par leurs aînés cordouans ou sévillans.

1 Tradition poétique et innovation

Les poètes andalous ont d’abord commencé à imiter les grands poètes orientaux de Damas et de Bagdad. Il fallait écrire comme al-Mutanabbî ou se taire.Mais après trois siècles d’histoire, les Andalous ont senti la nécessité de se libérer de cette tutelle. Ils ont alors inventé une forme originale de poésie exprimant les spécificités de leur identité particulière.

Rompant avec l’ancienne ode arabe qui date de la période préislamique, les poètes andalous vont opérer une véritable révolution dans un domaine auparavant intouchable : la poésie des Anciens. Ils mettent en place dès la fin du 10e siècle, une forme de poésie strophique appelée muwashshah (poésie embellie, enjolivée en arabe). Ils abandonnent les poèmes monorimes bâtis sur un mètre unique et inventent l’alternance des rimes et des rythmes. Ils se détournent totalement des thèmes guerriers des pleurs sur les vestiges de la bien-aimée, ils envoient aux oubliettes les descriptions des déserts et développent une poésie conforme au « Paradis andalou ».

Le muwashshah consacré uniquement à la beauté de la nature, à l’amour et à l’ivresse devient ainsi le mode d’expression poétique approprié d’une société qui a réussi à établir une relative harmonie entre ses différentes composantes sociales et ethniques. L’art du tawshîh est incontestablement la signature originale d’une civilisation à l’image des diverses sensibilités qui se côtoyaient alors: ibère, arabe et berbère.

Sa particularité :

  • Emploi du parler andalou dialectal et du romance dans les pointes finales appelées khardjas
  • Liaison étroite avec la nawba ce système musical d’un certain Ziryab arrivé de Bagdad mais devenu « andalou » d’adoption

2.Un nouvel art d’aimer

Malgré leur apparente simplicité, ces poèmes strophiques reflètent une conception très particulière des rapports amoureux. Les hommes (en tant qu’amants) sont invités à participer à l’élan vital de la nature et à la symphonie du cosmos.

Cette exhortation leur est adressée par les créatures animées et inanimées appartenant à tous les niveaux de la création. Tous les éléments naturels participent à l’univers amoureux et bachique.

  • Au plan terrestre : les parterres de fleurs, les canaux et cours d’eau, les arbres, les collines, les montagnes…
  • Au plan intermédiaire : les oiseaux, la brise, le vent, les nuages, la pluie….
  • Au plan céleste : le soleil, la lune, les étoiles…

Cependant c’est la femme qui est au cœur de cette symphonie cosmique: elle est celle qui réunit en elle toute la nature et même les créatures du Paradis :

Yaqûlûna fî l-bustâni husnun wa bahdjatun…

wa in shi’ta an talqâ al-mahâsina kulla-hâ

fa-fî wadjhi man tahwâ djamî‘u l-mahâsini

On dit que charme, beauté et joie de vivre

Se trouvent dans le jardin...

Mais, si tu désires profiter de toutes ces merveilles,

C’est dans le visage de celui que tu aimes,

Que tu les trouveras.

Sur son front ou son visage, tous les astres resplendissent : soleil, lune et étoiles.

Toi dont le charme est sans pareil :

Ô croissant de lune, par une nuit obscure,

Luisant au sein d’un nuage,

Tes rayons sont couleur d’or.[1]

La délicatesse de sa démarche et la beauté de ses yeux évoquent celles des gazelles :

Ô toi qui as le regard de gazelle, dis-moi

Es-tu un être humain ou bien un ange ?[2]

Sa taille élancée, fine et souple est comparée aux rameaux du saule ;

ses joues ont la couleur des roses ;

Ses yeux ont la noirceur envoûtante de ceux des houris ;

sa bouche recèle les perles les plus rares ;

Son haleine exhale les parfums les plus exquis ;

Sur ses lèvres, l’amant déguste un divin nectar;

Enfin sur sa poitrine poussent des pommes et des grenades aux formes parfaites.

Les poètes andalous et leurs successeurs ont ainsi concentré dans le corps de la femme un univers miniature avec ses minéraux, végétaux et animaux. Ils y ont uni aussi les plaisirs du monde terrestre aux délices du Paradis promis aux bienheureux dans l’au-delà.

L’amour : entre délices et souffrances

Les poètes andalous ont parlé de l’amour avec une délicatesse et ont déployé tous leurs talents pour en nommer les aspects les plus insoupçonnés.

Pour nommer ce sentiment ils ont eu recours à une longue liste de vocables que la langue arabe a forgé depuis des siècles:‘ishq, hawâ, wadd, sabb, hiyâm et shaghaf, mais aussi djunûn, walah, tatayyum, law‘a, wajd et kalaf .

Mais ils ont su leur imprimer leur propre sensibilité. Ils ont su trouver les mots qui expriment la couleur et le parfum de chaque état amoureux. (Cf. Le Collier de la Colombe d’Ibn Hazm)

Dans cette poésie, l’amour se décline sous ses deux aspects fondamentaux: il est dans l’union comme il est dans la séparation.

Le narrateur principal est très souvent un amant qui sait apprécier la douceur de l’amour comme son amertume ainsi que le proclame al-Kumayt ibn Zayd.

Al-hubbu fî-hi halâwat-un wa marârat-un

w-al-hubbu fî-hi shaqâwat-un wa na‘îmun.[3]

L’amour est douceur et amertume

L’amour est infortune et félicité.[4]

L’ingéniosité des poètes andalous réside dans leur capacité à présenter des variations infinies de situations à partir de canevas très simples :

- L'amant qui a connu le bonheur de l'union est ensuite séparé de sa bien-aimée ;

- L’amant qui a longtemps souffert de l’absence de l’être aimé, est finalement gratifié de la visite de celle qu’il désire;

- L’amant souffre de l’indifférence de celle qui l’a envoûté et qui ne daigne pas répondre à ses avances.

- L’amant, qui goûte aux délices de l’union, redoute au coeur même de son bonheur, les risques d’une séparation.

La séparation comme l’union ne se présente jamais sous le même aspect dans la bouche de l’amant qui en fait part. Elles sont aussi originales que peuvent l’être des expériences individuelles, toujours inédites, parfois presque indicibles. C’est la raison pour laquelle le poète a parfois recours à des métaphores excessives :

Al-bu‘du Djahîm wal-qurbu Djanna

L’éloignement est un enfer et l’union un paradis.

La souffrance due à la séparation mine totalement l’être de l’amant éperdu. Il perd le goût de la nourriture et le sommeil le fuit. Il dépérit, devient pâle et chétif. Véritable moribond, il veille, esseulé, avec les étoiles pour uniques compagnes. Son état révèle alors la passion que les règles de la courtoisie imposent pourtant de cacher. Et ce qui accroît sa peine, c’est la satisfaction des espions envieux, des cancaniers malveillants et des censeurs hypocrites.

Heureusement l’amant n’est pas toujours seul. L’amour a aussi ses alliés et défenseurs. C’est à eux que s’adresse la plainte de l’amoureux éploré. Commensaux, amis compréhensifs et personnes à l’esprit tolérant sont interpelés afin de lui prêter une oreille compréhensive :

Ami, je n’ai plus de patience

Et ma passion est toujours aussi intense.

Celle que j'aime me tourmente sans raison,

Et elle m’a banni de ses pensées.

Que Dieu me réunisse avec la lumière de mes yeux,

Au grand dépit des espions et des envieux ![5]

L’amant souffre, certes, mais n’est pas désespéré. Bien au contraire. Malgré les obstacles qu’il rencontre sur son chemin et qui le séparent encore de sa bien-aimée, il garde le ferme espoir de voir sa belle lui revenir ou céder à ses avances. Les atouts du « martyr » de l’amour sont une fidélité sans faille et une soumission totale aux caprices de la bien-aimée.

Je lui fais don de mon âme, qu’elle en soit heureuse !

Je suis à sa merci à chaque instant de ma vie !

Il est constamment déchiré entre l’envie d’avouer sa défaite et de se réfugier auprès de Dieu et sa persistance dans la voie du plaisir et du carpe diem

Yâ Allâh tawba !

Mon Dieu, je veux me repentir !

Lance t-il tantôt

Et tantôt

Man qalli tub wa anâ na‘shaq wa nashrab

Qui donc m’invite au repentir à l’heure d’aimer et de s’enivrer.

L’amant fidèle et soumis est souvent récompensé par le retour de la bien-aimée. Elle répond alors à ses avances et le comble d’une visite souvent nocturne.

La rencontre des amants après la longue absence est alors l’occasion de fêtes sublimes dont les poètes nous gratifient dans de nombreux poèmes andalous. Seuls ou en compagnie de convives de choix, les amants trinquent à leurs retrouvailles. Le vin est partagé et l’ivresse vient révéler à l’amant des aspects insoupçonnés de la beauté de sa bien-aimée. Le front est plus éclatant de clarté, les yeux plus envoûtants que celles des houris et la salive de l’aimée surpasse en douceur le nectar que l’on sert à la ronde.

Quelle joie ! La chance enfin me sourit :

Mon bien-aimé est ici en ma compagnie !

Je célèbre une fête en son honneur

Laissant nos ennemis dehors à leur douleur.[6]

Vidéo réalisée par Saadane Benbabaali

Saadane Benbabaali

Paris le 28 Octobre 2009



[1]Yâ badî' al-housn : CD /1

[2] shabîh dayy al-hilâl, CD / 8

[3] Cité dans Al-Muwashshâ‚ al-Washshâ’, Dâr Sâder, p.102.

[4] Al-Washshâ’, Le Livre du brocart, trad. S. Bouhlal, Gallimard, 2004, pp.108-109.

[5] Yâ mouqâbil : CD /9.

[6] Yâ mouqâbil : CD /9.