
le 15 décembre 2010
18H30
Robert Browning et A.C. Swinburne


Avant les blacks, avant les beurs, avant les portos, il y a eu ces Italiens que l'on ne remarquait qu'à peine (mais déjà trop pour une certaine droite bien assise), que l'on n'appelait pas encore - plutôt sympathiquement - "ritals" ; dont la culture (un terme que personne n'utilisait pour ça, à l'époque) aurait fait penser peut-être à celle des romanichels, toujours là où on ne les attendait pas, bref aux Roms d'aujourd'hui dans l’imaginaire collectif... À l'opposé de celle des Français dits "moyens", foncièrement sédentaires.
Ils étaient à la fois transparents, surtout après que l'entrée en guerre de leur pays en 1915 (mieux vaut tard que jamais) les eut lavés de certaines taches - comme celle d'avoir une cuisine "nauséabonde", mais oui, et de refuser de se battre pour rien -, et quand même trop quelque chose, inévitablement : trop bruyants, trop excités, trop rouges, fauteurs de grèves, trop cathos (ou Christos), trop effacés et donc sournois, trop entreprenants avec les femmes françaises, etc. - d'ailleurs polygames clandestins, chuchotaient les "braves gens" plaisantés par Brassens... Et, pour l'avoir fait une fois (le 10 juin 1940), encore et en douce toujours susceptibles de vous planter un coup de poignard dans le dos.
Tout cela remonte loin, on a le droit d'oublier : si loin que personne, à l'époque, ne s'intéressait à ce genre de question. Transparents et indifférents, invisibles, peu à peu "intégrés" au reste (ils disaient "otorizzati" pour naturalisés), et plutôt bien. Rideau. Qu'est-ce qu'ils ont dû souffrir, ces "macaronis" et "italboches" primo-migrants, ces "ours", pour que leurs descendants aujourd'hui soient parfois devenus les plus xénophobes d'Europe ! Un drôle de travail de deuil, ou peut-être son refus obstiné. Notre ambition, dans une structure universitaire qui a été la première à remuer ces cendres-là, serait que cette soirée, faite de témoignages et d'expressions "populaires" (autant que dire se peut, à l'ère du numérique médiatique), chantées en particulier, serve au moins à rendre ce travail un peu plus réfléchi, et pacifié. Selon la formule immortelle de Coluche, "Vous êtes beurre, moi plutôt fromage, mais quand même tendance parmesan"...

C’est avec beaucoup de tristesse que nous venons d’apprendre le décès de Monsieur Mohammed Arkoun, immense figure de l’islamologie qui a été un des initiateurs de la création de l’IISMM.
Il fut mon professeur d'Islamologie dans les années 1980, j'eus l'occasion de le côtoyer lors de conférences sur l'Islam. Lors de notre dernière entrevue dans les couloirs de notre Département OMA, il avait son sourire plein de jeunesse.
Paix à ton âme, ya oustadna al-mouhtaram.
Saadane Benbabaali
MOHAMED ARKOUN est un intellectuel franco-algérien, philosophe et historien de l'islam. Un des professeurs les plus influents dans l'étude islamique contemporaine, ,il est professeur émérite d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne Paris 3, département Orient et monde arabe (OMA) et enseigne l’« islamologie appliquée », discipline qu'il a développée, dans diverses universités européennes et américaines, en référence à l'anthropologie appliquée de Roger Bastide Parmi ses sujets de prédilection, l’impensé dans l’islam classique et contemporain.
Mohammed Arkoun se situe dans la branche critique du réformisme musulman. Prônant le modernisme et l'humanisme islamique, il a développé une critique de la modernité dans la pensée islamique, et plaide pour un islam repensé dans le monde contemporain. Il y a consacré de très nombreux ouvrages dont La Pensée arabe (Paris, 1975), Lectures du Coran (Paris, 1982), Penser l'islam aujourd'hui (Alger, 1993), ou encore The Unthought in Contemporary Islamic Thought (Londres, 2002).
Mohammed A R K O U N: 1928- 2010
Itinéraire/ Biographie
Né en 1928 à Taourirt-Mimoun, Algérie ;
Études primaires à Taourirt-Mimoun;
Études secondaires à Oran;
Etudes supérieures à la Faculté des Lettres d'Alger; puis à la Sorbonne, Paris;
Agrégé de langue et littérature arabes, Paris 1956;
Docteur ès lettres, Sorbonne 1968.
Professeur à la Sorbonne Paris 3, Département Orient et monde arabe (1961-1991);
Fellow au Wissenschaftkolleg, Berlin 1986-87 et 1990;
Fellow à Institute for Advanced Studies, Princeton 1992-93;
Visiting Professor aux Universités: U.C.L.A., Los Angeles 1969; Princeton 1985, Louvain-La-Neuve 1977-1979; Institut Pontifical d'Etudes Arabes, Rome; Temple University, Philadelphia 1988-90; Amsterdam 1991-1993; New York University Mars-Avril 2001, 2003; Gifford Lectures, Edinburgh University Novembre 2001.
Conseiller scientifique pour les études islamiques à la Librairie du Congrès, Washington DC, depuis 2000.
Cours et Conférences à :
Rabat, Fès, Casablanca, El-Jadida, Safi, Alger, Tamanrasset, Annaba, Tlemcen, Ghardaya, Oran, Tunis, Kairouan, Tabarca, Tripoli, Le Caire, Beyrouth, Damas, Alep, Amman, Bagdad, Médine, Riyad, Sanaa, Mascate (Oman), Manama (Bahreïn), Koweit, Zanzibar, Mombassa, Dakar, Téhéran, New -Delhi, Bombay, Pékin, Dhaka, Jakarta, Jogjakarta; Samarkand, Moscou, Helsinki, Tampere, Turku, Stockholm, Oslo, Arrhus, Copenhague, Londres, Birmingham, Oxford, Cambridge, Edinburgh, Leiden, Nimègue, Rotterdam, Tilburg, Middelburg, Utrecht, Bruxelles, Liège, Gand, Louvain, Anvers, Hambourg, Hanovre, Bielefeld, Oldenburg, Berlin, Göttingen, Tübingen, Heidelberg, Berne, Zurich, Lausanne, Genève, Turin, Rome, Bologne, Naples, Amalfi, Salerno; Barcelone, Madrid, Cordoue, Grenade; New-York, Boston, Washington, Chicago, Miami, Houston, Denver, Bloomington, Berkeley, San Diego, UCLA, Los Angeles, Ann Arbor, Vancouver, Calgary, Montréal, Toronto, Venise, Spolèto, Assise, Pise, Cuneo, Salerno, Fano, etc.
Jusqu’à son décès, il était :
Professeur émérite à la Sorbonne (Paris III);
Visiting Professor et membre du Board of Governors à l'Institute of Ismaelî Studies, à Londres depuis 1993.
Directeur scientifique de la revue ARABICA, (Brill, Leiden) depuis 1980;
Membre du Comité directeur puis du Jury du Prix Aga Khan d'Architecture (1989-1998); Membre du Haut Conseil de la famille et de la population (1995-98) ;
Membre du Comité National d'Ethique pour les sciences de la vie et de la santé (1990-98); Prix Lévi Della Vida for Near Eastern Studies, University of California, Los Angeles 2002 ;
Docteur Honoris Causa de l’Université d’Exeter ; Gifford Lectures Edinburg University 2001 ;
Membre du Jury international du Prix UNESCO de l’éducation pour la paix (2002…); Membre du Jury du Prix Arabo-Français fondé par le Conseil des ambassadeurs arabes en France (2002…) ;
Membre du Conseil scientifique du Centre Inter -national des sciences de l’homme de Byblos (Liban, UNESCO) ;
Membre du Conseil scientifique de l’Institut Suédois d’Alexandrie ;
Membre de la Commission pour la Laïcité en France (2003).
PUBLICATIONS :

| 1. Le hassidisme dans les littératures yiddish et hébraïque |
| Un écho qui vient de loin (83 mn) |
| Sophie Kessler-Mesguich, Professeur à l’Université Paris III |
| Musée d'art et d'histoire du Judaïsme - Paris, mars 2007 pour écouter la conférence: http://www.akadem.org/sommaire/themes/liturgie/8/2/module_2642.php Lien: http://jssnews.com/2010/02/11/disparition-d%E2%80%99une-specialiste-de-l%E2%80%99hebreu-sophie-kessler-mesguich/ |